mercredi 25 février 2015

Assemblée nationale comique par Lirieux et Cham : La Seconde République en images...

Les deux auteurs...
Avec le passage d’un suffrage restreint sous la monarchie constitutionnelle à un suffrage universel masculin à partir de 1848, la position du parlementaire sort  renforcée comme représentant de l’opinion publique nous dit Jean-Claude Caron, dans un excellent article qu'il consacre à la représentation de l'Assemblée dans les journaux de l'époque. Sur le registre de l’humour, L’Assemblée nationale comique, ouvrage du à la collaboration d’Auguste Lireux (1810-1870) pour les textes et de Amédée de Noé, dit Cham (1819-1879), pour les dessins exploite la veine de l’humour pour produire une galerie de portraits-charges de représentants de la nation.


A la caricature physique (sur le mode déjà illustré par Daumier) s’ajoute une satire des effets de manche, postures et autres procédés rhétoriques tenant lieu d’éloquence ! Les deux auteurs de L’Assemblée nationale comique appartiennent à l'école satirique de la presse républicaine. Lireux collabore d'ailleurs aussi à La Séance, journal fondé en 1848 pour rendre compte des débats de l’Assemblée nationale. L’une de ses cibles préférées –comme de Nadar – est Louis Napoléon Bonaparte. Lorsque ce dernier perpètre son coup d’état, Lireux sera arrêté et menacé d’être fusillé. Des interventions, dont celle de l’actrice Rachel et de ses relations de théâtre, lui épargneront de subir la condamnation à huit années de déportation prononcée à son encontre par l'Empire.


Celui qui tient le crayon, Cham, n’est pas le premier dessinateur avec lequel Lireux collabore. Il a auparavant rédigé, en compagnie de Théophile Gautier, Pierre-Jules Hetzel ou encore Léon Gozlan, des notices accompagnant les Œuvres choisies de Gavarni , alors considéré comme le grand dessinateur de son temps, plus peintre des mœurs que réellement satiriste, et se tenant à l’écart des engagements politiques, à la différence d’un Grandville (mort en 1847) ou d’un Daumier.


Le comte Amédée De Noé, dit Cham (1819-1879) est le fils d’un pair de France, mais, élève de l’École polytechnique, il abandonne la voie qui lui était tracée pour rejoindre les ateliers de Paul Delaroche, puis de Charlet. Il débute en 1843 au Charivari dont il tiendra pendant trente et un ans la revue de la semaine à partir de janvier. Son mode d’expression privilégié est la caricature outrancière, qu’on appelle la "charge". Ce procédé emploie des procédés classiques dont la déformation du physique est le plus utilisé : ainsi Thiers ou Louis Blanc, dont on ne distingue que les mains derrière la tribune, sont-ils "nanifiés", là où d’autres (Lamartine, Cavaignac) sont étirés, et d’autres encore arrondis. L’appendice nasal est largement utilisé, ainsi que des détails vestimentaires et capillaires ou des accessoires. Proudhon est caractérisé d’abord par ses lunettes, Marrast et Crémieux par leur chevelure. Le dessinateur saute rarement le pas du fantastique : il le fait toutefois dans le cas de Considérant, affublé d’un long appendice caudal terminé par un œil…


Si Cham fit du dessin politique au lendemain de la révolution de février, ses caricatures se limitèrent à la période de la Seconde République pour laquelle il ne manifesta aucune sympathie. La biographie et la bibliographie de Cham est cependant encore à explorer. S'il y a un spécialiste de Cham en France, aujourd'hui, il est ici (vous pouvez cliquer) !


L’éditeur Calmann Lévy eut l’idée de réunir en volumes les comptes rendus des séances de l’Assemblée rédigés par Lireux pour le Charivari, en demandant à Cham d’illustrer le texte. Les 627 pages in quarto de l’ouvrage sont donc ornées de vingt gravures à pleine page et de 157 vignettes de taille variable dont la dernière représente les deux auteurs. S'il est vrai qu'on a encore le droit de rire dans la maison de la République, il semblerait que l'on n'ait plus le droit de le faire dans la maison de la Presse... Vive le rire en France ! Pierre


LIREUX (Auguste).‎ Assemblée nationale comique. Illustré par Cham.‎ Paris, Michel Levy Frères, 1850. Un volume in-4 (27,5/20cm). Reliure demi-chagrin violine, dos à nerfs, caissons ornés d'encadrements dorés, toutes tranches dorées. Nombreuses vignettes gravées sur bois dans le texte (environ 150). Édition originale. (4)-625 pp. + 20 pl. gravées sur bois hors texte. Quelques rousseurs. Tranches gouttières. Très bel état général. 160 € + port

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