vendredi 28 juillet 2017

Billet du jour...

Nadia - Juillet 2017
Chers amis,

Voici un résumé de ce qui m'est arrivé depuis trois mois. Une façon aussi de vous remercier pour les messages de sympathie que j’ai reçus depuis le début de cette année et pour l'attention renouvelée que vous me portez.

Pour aller à l'essentiel, j'ai été hospitalisé en soins palliatifs 3 semaines, début mai, pour une mauvaise récidive. Alors que j'aurais pu continuer à plonger plus profondément dans l'abattement, l'équipe médicale m'a aidé à faire front. J'ai organisé mon retour pour une hospitalisation à domicile mais j'ai aussi pris mon téléphone (aide à l'alimentation, kiné, infirmière, lit médicalisé, etc...) pour qu'elle se fasse dans de bonnes conditions. Je suis bien évidemment "un peu" (c'est un doux euphémisme) fatigué par les nouveaux cocktails chimiothérapiques que je fais maintenant en ambulatoire tous les 15 jours mais je suis cependant beaucoup plus détendu.

J'ai maintenant fait la part de ce qu'étaient les symptômes cérébraux dus à la présence de la tumeur de ce qu’étaient les conséquences secondaires de l'environnement (toujours un peu hostile quand on est handicapé) sur mon comportement. Beaucoup de désagréments ont disparu suite à cette prise charge hospitalière et j'ai donc pu arrêter rapidement tous les médicaments psychotropes même si je n'en abusais pas ! Avec la communauté médicale nous avons, d'un commun accord, séparé nos missions : eux s'occupent de mon corps, moi de mon âme et de mon libre arbitre tant qu'il m'en reste - à moins que je n'en ai jamais eu s'il faut en croire Spinoza… Je marche peu, mal, et maintenant avec une orthèse qui me tient le pied ainsi que le mollet mais je marche encore un peu ! Je me suis acheté un siège releveur et un fauteuil roulant pour les trajets à l'extérieur. Point positif : mon épouse ne passe plus le clair de son temps à me chercher quand nous déambulons ensembles dans la rue. Point négatif : j'entre souvent dans des merceries alors que rien ne m'y attire... ;-))

Je ne baisse pas les bras ! En tout cas, pas tout le temps... et j'ai retrouvé le sourire, le rire ainsi que le plaisir des livres. Des amis viennent me voir qui me trouvent beaucoup mieux. Avec un amateur, nous trions tranquillement (on a le temps) tous les livres de ma bibliothèque de jardin qui ont été achetés en commun par trois amis et mécènes désintéressés. Ils savaient que la résolution de ce problème (ne pas laisser ces livres orphelins) me tenait à cœur... Tous ces ouvrages sont aujourd'hui présentés et entreposés proprement en caisses gerbables dans une chapelle restaurée. Ils ont été estimés à des prix très bas, le principal étant qu'ils retrouvent des étagères ou des lieux accueillants pour continuer à enchanter leurs propriétaires. J'en ai aussi offert un grand nombre aux archives de la ville, j'en ai proposé à une congrégation de chartreux et surtout j'en ai confié à des amis qui leur redonneront une vie. Certaines reliures au mètre comblent également leurs propriétaires d'outre-Atlantique...

Cependant, je réalise que ma vie n'est pas, quand même, un long fleuve tranquille... Hier, un peu à cause de la fatigue post-chimio (il y a des potions magiques qui décuplent la force, d'autres qui décuplent la faiblesse), un peu à cause de mon amyotrophie musculaire, je me suis lourdement "ramassé" sur le carrelage quand mon pied s'est dérobé sous moi ! Résultat : une très forte douleur en regard du fémur ! Apparemment rien de cassé ni de luxé mais je suis aujourd'hui collé sur ma chaise roulante avec de grandes difficultés pour affronter les petits gestes de tous les jours. J'en profite donc pour vous écrire cette petite bafouille ! Je programme 4 à 5 jours minimum pour que la douleur disparaisse et pour me déplacer maladroitement avec ma canne tripode. Ce qui m’embête le plus c'est que je ne vais pas pouvoir aller voir "Aïda" à Orange comme prévu ce week-end !

Voilà… Ce qui me permet d'affronter aujourd'hui l'avenir en paix, c'est vous! C'est la bienveillante sollicitude de mes amis, l'amour de mes proches, un peu d’Épictète et de Sénèque, un peu d'humour, un peu de Foi, le mariage de mon fils ainé dans 3 semaines... et l'espoir que cela continue !

Très amicalement. Pierre

lundi 16 janvier 2017

La flamme dans les yeux reviendra : ce n'est qu'une question de patience…




Une pensée amicale pour tous les anciens lecteurs du blog et pour tous les clients de la librairie qui m'ont amené tant de joies par le passé. Ce petit message vous est adressé aujourd'hui pour vous dire que je continue à me battre pour retrouver un équilibre malmené par cette foutue tumeur cérébrale (appelons un chat, un chat) qui me ronge et par tous les moyens mis à disposition par la science pour la juguler. Une de mes plus grande tristesse  - il y en a d'autres malheureusement - est de ne plus pouvoir profiter des livres qui me restent, ni physiquement  en raison de ma maladresse, ni mentalement car j'ai perdu, pour l'heure, la flamme qui brûle dans le cœur des amoureux des livres. 

Il est difficile d'expliquer les raisons qui font que l'on perd cette passion qui nous a animé toute notre vie. Je comprends mieux maintenant, pourquoi, parfois brutalement, la lumière ne brillait plus au fond des yeux de mes anciens clients. Ce n'est pas pour rien que l'on appelait autrefois ces affections cérébrales, des "attaques" ! Aujourd'hui, on est plus précis sur l'étiologie de ces maladies (vasculaires, tumorales, dégénératives, etc) mais le résultat est le même. Il y a des attaques - petites ou grandes, fulgurantes ou larvées - où l'on sort vaincu du combat, où le renoncement s'installe. 

Ce détachement, j'ai essayé de l'acquérir volontairement au début de ma maladie par la lecture d'ouvrages très "tendances" écrits par des philosophes, des psychiatres et d'adeptes de la méditation qui m'ont aidé à surmonter les premières évidences auxquels j'ai dû faire face. Il m'a fallu fermer ma boutique en sachant que la porte serait probablement et définitivement close. J'ai mis mes livres dans des caisses, j'en ai ramené sur mes étagères, j'en ai donné, j'en ai jeté… j'ai pensé que cette première phase n'était qu'une parenthèse dans le cours de ma vie et que la passion pouvait encore renaître comme l'étincelle briller de nouveau dans mes yeux. 

Quand ma main gauche s'est minéralisée au bout de mon bras pendant, quand mes muscles se sont crispés, quand la souffrance s'est immiscée dans ma vie quotidienne, quand une paresse intellectuelle s'est progressivement installée dans mon pauvre cerveau  bouleversé, alors… alors, je n'ai plus eu à faire d'efforts pour me détacher de mes livres… c'est donc sans remord - et non pas sans regret - que j'ai confié ceux auxquels je tenais le plus à des confrères expérimentés. J'avais trop écrit que je n'étais qu'un passeur de livres pour les rendre orphelins ou pis encore de les abandonner à un mauvais sort.

Aujourd'hui, je termine une série de chimiothérapies qui ont pompé toute mon énergie et m'ont rendu encore plus vulnérable. Alors que j'ai rapidement intégré le constat de ma perte d'autonomie, j'ai encore du mal à admettre mon infirmité. On ne fait pas facilement le deuil de sa bonne santé ! Pour survivre, Je me suis raccroché à ce que j'ai pu. J'ai souvent coulé. Parfois, quand je croyais toucher le fond, il s'esquivait sous mes pieds. Mais je suis encore là…

Demain, j'espère,  je reprendrai espoir, j'arriverai à chasser de mon esprit les tristes pensées qui me minent  et je retrouverai l'apaisement : je ne serai plus prisonnier de la maladie. La meilleure façon de ne plus y être n'est-elle pas de le faire de son vivant ? Je vous souhaite mes meilleurs vœux pour cette année 2017 qui commence et sur laquelle je fonde beaucoup d'espoir pour guérir. La flamme dans les yeux reviendra : ce n'est qu'une question de patience. Très amicalement. Pierre Brillard